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Newsletter n°75 - Du déchiffrage à la lecture fluide, comment ça marche ?

Photo du rédacteur: Pole territorial Eap
Pole territorial Eap
14 oct.
6 min de lecture

Chers membres des écoles coopérantes du Pôle EAP,

Nous l’utilisons quotidiennement, sans même y penser : elle nous permet d’apprendre, de communiquer, de nous évader, de nous repérer, …  

Et oui, nous parlons bien de la lecture !  

Nous ne naissons pas lecteurs confirmés. Devenir un lecteur efficace demande du temps, de l’entraînement et de nombreuses rencontres avec les mots.


Que se passe-t-il dans la tête d'un lecteur lorsqu'il rencontre un mot ?

Pour répondre à cette question, nous nous sommes inspirés du modèle à deux voies de la lecture, largement décrit dans la littérature scientifique, qui représente la manière dont notre cerveau peut identifier et lire un mot écrit : 

Cliquez ci-dessous pour télécharger le visuel :


Un schéma, c'est bien. Comprendre ce qu'il raconte, c'est encore mieux !

La voie d'assemblage , c'est quoi ?« Je décode le mot »  

La voie d'assemblage,  que nous pouvons comparer à une « fabrique de mots » est le chemin utilisé par un lecteur débutant, mais aussi par un lecteur plus expérimenté lorsqu'il rencontre un mot nouveau ou peu familier, par exemple dans le cadre de ses études. 

Concrètement, comment ça fonctionne ? 

Le lecteur voit le mot, c'est-à-dire qu'il reconnaît les lettres aussi appelées graphèmes.

Il commence le processus en segmentant les graphèmes un par un et va ensuite associer chaque graphème à son propre son, également nommé phonème.Il s'agit de la correspondance graphème-phonème. Une fois la correspondance établie, le lecteur réalise une synthèse : il assemble les sons les uns aux autres pour reconstruire le mot.     

Il est maintenant prêt à produire le mot dans sa tête, ou oralement.   

Pour ce faire, le cerveau du lecteur peut prendre deux directions :

(on vous l'avait dit que c'était complexe !)  

1. Si le mot fait partie de sa « boîte à mots oraux » 

(ex. vélo), connu et encodé dans la mémoire à long terme.

Il ira chercher la forme sonore du mot et pourra ensuite l'envoyer dans sa mémoire à court terme, appelé le buffer phonologique.Le mot est enfin prêt à être prononcé à voix haute ou dans sa tête.  → Si le lecteur a suivi cette première direction, il pourra associer du sens au mot lu si ce dernier fait partie de son lexique sémantique (boîte à signification des mots).Attention, comme on le voit sur le schéma, cette dernière étape n'est pas systématique !    

 2. Si le mot ne fait pas partie de sa boîte à mots oraux 

(ex. crépuscule pour un jeune enfant). Il prendra donc directement la direction de la mémoire à court terme et sera directement produit.


La voie d'adressage , c'est quoi ?  

« Je reconnais le mot »(stocké dans ma mémoire à long terme de mots écrits)  Après avoir lu/rencontré plusieurs fois un même mot et l'avoir « fabriqué » grâce à la voie d'assemblage,  celui-ci va progressivement être rangé dans la « boîte à mots » du lecteur, autrement dit dans son stock lexical en mémoire à long terme. Il pourra alors être reconnu et lu avec beaucoup moins d'efforts grâce à la voie d'adressage.

En effet, la voie d'adressage (la boîte à mots écrits, dans le schéma) permet de reconnaître directement un mot à partir de sa forme globale écrite, appelée lexique orthographique.

Concrètement, comment ça fonctionne ?      

Le mot est vu directement dans sa globalité (et pas lettre par lettre) et est reconnu, la forme orale est récupérée dans la boîte à mots oraux, il est envoyé dans la mémoire à court terme, le tampon phonologique et pourra être produit.  

Cette voie permet donc une lecture rapide, fluide et peu coûteuse en attention.  Elle est particulièrement utile pour les mots fréquents et irréguliers (tels que femme, monsieur, compter,... autrement dit, des mots qui ne se lisent PAS comme ils s'écrivent) mais peut aussi être utilisée pour tout mot suffisamment mémorisé, qu'il soit régulier ou irrégulier.  


Comment arrivons-nous à une lecture fluide ?  

Nous parvenons à lire de manière fluide grâce à l'automatisation de la voie d'adressage pour la reconnaissance globale des mots connus, tout en s'appuyant sur la voie d'assemblage pour le déchiffrage des mots nouveaux. 

La voie d'assemblage permet de décoder les mots nouveaux que nous découvrons continuellement dans des livres, dans des termes scientifiques, dans des passions, etc. 

La voie d'adressage permet de reconnaître rapidement les mots déjà connus et encodés au fur et à mesure de nos expériences de lecture. 

Les deux voies restent donc nécessaires et complémentaires tout au long de la vie.


Et la compréhension dans tout ça ?  

Nous venons de développer les deux voies de fonctionnement pour accéder à la forme mentale/orale du mot.  

Mais lire ne signifie pas seulement identifier les mots. 

Un texte en langue étrangère peut être parfaitement lu par un adulte grâce au bon fonctionnement de la voie d'assemblage, mais aucun sens n'y sera attribué.  

Pour comprendre un texte, le lecteur doit également construire une représentation de ce qu'il lit. 

Cette compréhension repose notamment sur plusieurs éléments : le vocabulaire, les connaissances antérieures, la compréhension des phrases et des liens entre les informations, mais aussi la capacité à faire des inférences et à mobiliser le contexte. 

Au fur et à mesure que l'identification des mots devient plus rapide et automatisée, elle mobilise moins de ressources attentionnelles. Le lecteur peut alors consacrer davantage de ressources à la compréhension du texte. 

L'objectif de l'apprentissage de la lecture est donc double : permettre à l'enfant d'identifier les mots efficacement et lui apprendre progressivement à construire le sens de ce qu'il lit. 


Alors, concrètement, comment aider vos élèves à devenir de véritables super-héros de la lecture ?

En tant qu'enseignant et donc « formateur de super-héros de la lecture », notre mission est de proposer aux élèves des activités permettant de  développer et d'entraîner les deux voies de lecture, mais aussi de renforcer les compétences liées à la compréhension, à travers des situations variées et motivantes.  

Vous trouverez ci-dessous quelques idées et pistes concrètes pour entraîner les différentes compétences nécessaires à la lecture. 

- Lecture de syllabes

- Lecture de « faux-mots » : noms de Pokémon, noms de sorciers, animaux imaginaires…

- Donner des syllabes mobiles aux élèves et leur demander d'inventer de nouveaux mots 

- Mot mystère : décoder un mot à partir d'un code 

- Créer des mots à partir de lettres ou de syllabes imposées 

- Transformer un mot en changeant une syllabe ou un son 

... 

Astuce : les pseudo-mots (mots inventés) sont un outil redoutable ! Comme l'élève ne peut ni deviner le mot ni le reconnaître globalement, il est obligé d'activer sa voie d'assemblage. 


J'entraîne la voie d'adressage :

- Lecture rapide de mots 

- Mots flash 

- Enveloppe de mots fréquents à revoir régulièrement 

- Loto des mots 

- Memory de mots 

- Rallye de lecture 

- Jeu du « mot intrus » : retrouver rapidement le mot qui ne correspond pas à la série 

- Défis de lecture chronométrée de mots connus 

... 

J'entraîne la compréhension :

Là aussi, nos petits super-héros ont du boulot ! La compréhension en lecture est un vaste sujet, qui mériterait à lui seul une newsletter…  à suivre !  Elle fait appel à de nombreuses compétences : vocabulaire, connaissances antérieures, stratégies, capacités d'inférence, attention, mémoire…  

- Poser des questions : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Pourquoi ? Comment ? 

- Dessiner ce que l'on vient de lire 

- Remettre des images dans l'ordre 

- Retrouver une information précise dans un texte 

- Le mot mystère : expliquer un mot en s'appuyer sur le contexte 

- Résumer un passage ou raconter l'histoire avec ses propres mots 

- Trouver ce qui est implicite dans le texte : faire des inférences 

- Imaginer la suite d'une histoire et justifier ses hypothèses 

- Associer une phrase à l'image qui lui correspond 

...

Ce sujet vous intéresse ?  

Nous pouvons créer avec vous des jeux et du matériel autour de la lecture, adaptés à vos élèves et à vos besoins. Parce qu'apprendre à lire, c'est aussi apprendre en jouant, en manipulant et en expérimentant ! 


« Un seul objectif doit nous guider : aider l’enfant à progresser pour qu’il devienne un lecteur autonome, qui lit autant pour apprendre que pour son plaisir. »

Stanislas Dehaene, Apprendre à lire, 2011


L'équipe du Pôle EAP

 
 
 

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